Ma chère Delphine, mes chers camarades,
Je romps un silence volontaire de plusieurs mois, d’un an en réalité, pour vous annoncer que je quitte la section de Levallois Perret, et le Parti Socialiste.
J’ai attendu en vain les actes d’une rénovation promise après le calamiteux congrès de Reims qui aura vu le terrible couronnement mortuaire de mon parti.
Pendant un an j’ai assisté à la bunkérisation progressive d’une direction que certain qualifie d’autiste… c’est insulter l’intelligence formidable qui caractérise nombre d’autiste.
Rien n’est venu, les européennes ont été une catastrophe annoncée, le vote d’un référendum militant avec des questions si incomplètes et un calendrier si improbable que nous verrons l’homme marcher sur Mars avant que ce parti ne change…
La goutte d’eau est cette absence incroyable du soit disant premier parti d’opposition à une réunion de toutes les oppositions à la Conférence de préparation au sommet de Copenhague…
S’il fallait une preuve de plus de la préoccupation essentiellement électoraliste du PS, elle est là… Une occasion de passer au dessus de sa propre préoccupation électorale, d’entrer dans un combat noble qui nous touche tous, ratée, une fois de plus !
La cerise sur le gâteau viendra de l’organisation des régionales, où le PS veut remettre à la tête de notre région un homme dont je ne juge pas les qualités de gestionnaire politique, la justice de notre pays s’en est chargée, le condamnant sans le rendre inéligible… grande première qui me fait penser que prendre pendant des années des petits déjeuners avec Sarkozy et Pasqua n’aura pas été une vaine compromission…
Et je ne vous quitterai pas sans une pensée pour notre premier fédéral et la mise en place des listes pour les régionales… Le cumul, toujours le cumul, où l’on entend que tout est fait pour qu’une de nos plus brillantes camarades soit évincée… que surtout elle ne soit pas en tête de liste… ainsi tout est fait pour qu’y soit mis un cumulard, un homme… Les Dalton du 92 réussiront sans doute ce braquage, nous n’avons que des Rantanplans à leur opposer !
Je pars tout de même le cœur lourd quand je pense au temps passé à me battre pour que ce parti s’ouvre, mais il se recroqueville, comme un rosier qu’on aurait oublié d’arroser, c’est inexorable.
Je pars le cœur léger vers des espaces verts de libertés de militance renouvelée, et j’engage tous ceux qui auraient des doutes à venir nous rejoindre…
Merci de votre courage, il vous en faudra, et je vous souhaite toutes les réussites car nous restons je le pense sincèrement de la même famille, cette famille de Gauche, progressiste et humaniste.
Votre camarade
Isabelle
Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre(...). Le courage, c’est de
supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces(...). Le
courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant avec la vie générale(...). Le courage, c’est de dominer ses propres
fautes, d’en souffrir mais de ne pas en être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de
comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense.
Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre
bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques"
Jean Jaurès, Discours à la jeunesse, 1903